La ménopause : un phénomène aux multiples facettes
Joette Calabrese, HMC, CCH, RSHom
Publié dans Wise Traditions, été 2013, « SOUTIEN HOMÉOPATHIQUE POUR LA TRANSFORMATION DE LA VIE »
Si vous pensiez avoir cerné tous les aspects désagréables et stéréotypés de la ménopause, détrompez-vous. Les nombreuses étapes enrichissantes de la vie d'une femme ne sont ni voulues par la nature ni par des divinités malveillantes pour être inconfortables, perturbantes ou laides. En particulier, la ménopause, vécue pleinement, s'inscrit dans une sagesse profonde. En réalité, cette période peut être une source intense de célébration et d'épanouissement. Le fait de passer le cap de la cinquantaine nous unit. Les enfants prennent leur envol et une nouvelle appréciation de nos conjoints et des autres membres de la famille s'épanouit. La femme mûre devient une source de sagesse et d'expérience pour sa communauté. J'ai parfois envie de me prendre par le bras avec les femmes de cet âge à travers le monde et de crier à l'unisson : « On l'a fait ! » N'est-ce pas une perspective plus agréable que le discours angoissé et alarmiste que les laboratoires pharmaceutiques présentent comme typique de la ménopause ?
Si l'on en croit les élucubrations de la médecine moderne, on s'imaginerait les os des femmes ménopausées se désagréger subitement vers l'âge de soixante-dix ans, et leurs utérus « morts » alignés sur la chaîne de montage chirurgicale censée guérir toutes les maladies pour une ablation expéditive. Rassurez-vous, il existe bel et bien une autre voie pour les femmes afin d'aborder cette étape si prometteuse du cours complexe de la vie.
LES CHANGEMENTS DE VIE SONT CHROMATIQUES
« J'aime les couleurs. Enfant, j'adorais le rose, mais avec l'âge, c'est le rouge qui m'a séduite. C'est la couleur du sang, notamment celle qui évoque la vitalité et la bonne mine. Mais elle exprime aussi la splendeur de Noël, et même la couleur sportive des voitures de sport. » C'est ainsi qu'Isobel s'exprimait.
Isobel avait soixante ans, avait élevé cinq enfants bien équilibrés et était mariée au même homme depuis plus de trente-cinq ans. (Bravo, Isobel !)
L'énergie d'Isobel s'exprimait non seulement dans ses paroles, mais aussi dans sa façon de s'habiller, dans sa maison et même dans sa relation intime avec son mari. (C'est un homme heureux, mais elle a discrètement gardé les détails à ce sujet.)
Cette femme ménopausée n'avait rien d'ennuyeux. Elle maîtrisait parfaitement sa vie. Pourtant, il lui arrivait d'évoquer cette période, une quinzaine d'années auparavant, comme la tempête qui avait ébranlé ses fondements. Elle gardait ces souvenirs pour le moment où elle savait qu'ils pourraient être utiles à une jeune femme confrontée aux bouleversements potentiels de la ménopause.
J'espère qu'Isobel me pardonnera de raconter cette époque, avant qu'elle ne s'affirme et ne découvre l'homéopathie. À cette époque, Isobel n'était pas encore tout à fait elle-même. Sa peau portait les marques du temps, sa silhouette flasque nécessitait un soutien, et son comportement était pour le moins excentrique. Son mari marchait sur des œufs avec sa femme au tempérament de feu. Même Russell, leur terrier, se recroquevillait à son entrée dans la pièce.
Récemment, Isobel a donné des conseils à sa nièce, plus jeune, qui lui avait demandé : « As-tu eu des bouffées de chaleur ? As-tu pleuré ? » Ces questions, posées par une femme de quarante-cinq ans, ont incité Isobel à raconter son histoire de transition. Elle a ôté ses escarpins confortables, a replié ses jambes sous elle et a commencé son récit, fidèle à elle-même. Elle parlait entre ses dents serrées, racontant son histoire pour souligner la colère qu'elle avait ressentie pendant ces années.
J'étais une vraie mégère qu'il fallait dompter, mais la médecin que j'ai consultée a interprété cela comme un besoin de médicaments. Et c'était une femme ! À vrai dire, c'était une véritable trafiquante de médicaments : hormones, patchs, somnifères, antidépresseurs… elle avait tout un tas de remèdes de grand-mère. Bêtement, j'ai tout pris, pensant n'avoir pas le choix. N'est-ce pas curieux comme on associe généralement le fait d'être influencée par ses pairs au comportement capricieux des adolescents ? Voilà un exemple de la façon dont la pression sociale m'a empêchée de remettre en question cette médecin à la cinquantaine. J'ai suivi ses directives comme une adolescente qui imite les populaires du lycée !
« Le médecin m'a assuré que le médicament corrigerait un déséquilibre chimique et qu'il n'y avait pas d'autre solution. J'ai appris depuis que lorsqu'on me dit qu'il n'y a pas d'autres options, cela signifie que c'est tout ce qu'on a et que je dois me débrouiller. Aujourd'hui, je procéderais différemment. Je lui demanderais de me montrer les tests de « chimie cérébrale » qui étayent une idée aussi absurde, ainsi que les données correspondantes, issues d'études en double aveugle, qui la prouvent. Je peux voir une fracture sur une radiographie ou lire un chiffre sur une analyse sanguine, mais je n'ai jamais vu de déséquilibre chimique dans un cerveau aussi clairement démontré. »
Isobel expliqua qu'il lui avait fallu des mois de « thérapie médicamenteuse », un terme qu'elle qualifie aujourd'hui d'oxymore, avant de réaliser qu'elle était tombée dans un engourdissement émotionnel qui l'empêchait de vivre pleinement. Le médecin lui avait assuré que l'antidépresseur éliminerait sa colère et sa dépression. Mais ce n'était qu'une demi-vérité. Comme si elle avait fait un pacte avec le diable, Isobel s'était laissée prendre au piège du jargon médical. Le médecin ne l'avait pas mise en garde contre une lobotomie de la personnalité. Sous l'effet des médicaments, au lieu d'être hystérique, Isobel était devenue psychologiquement morte, pathétique et insipide. Au lieu de la dépression, elle était devenue insensible. Lorsque sa belle-fille lui annonça qu'elle attendait leur premier enfant, Isobel répondit d'un neutre « C'est bien ». Inutile de préciser que sa famille était inquiète. Curieusement, personne ne réalisa que c'étaient les médicaments qui avaient altéré sa personnalité, car tous faisaient confiance à l'avis du médecin. Ce dernier n'aurait certainement pas prescrit quelque chose qui puisse nuire à Isobel.
Cette confiance aveugle s'est brisée lorsque la famille est partie en vacances au bord de la mer pour deux semaines. Isobel a oublié ses médicaments, par inadvertance ou intentionnellement, on ne sait pas, mais cela a suffi à la faire basculer. Pourtant, le chemin était encore long et difficile. La drogue l'avait condamnée à un purgatoire dont elle devait s'extirper durant les semaines de sevrage. Elle était sujette à des crises de colère, souffrait d'insomnies et vomissait, mais même cette souffrance valait la peine d'être endurée, car elle commençait enfin à retrouver un semblant de personnalité. Après quelques jours d'abstinence, on apercevait des bribes de son ancienne personnalité, et sa famille a recommencé à l'accueillir à bras ouverts. Mais le chemin était encore long. Sa colère et sa dépression sont revenues, exacerbées, et elle savait qu'elle devait trouver une autre solution, et vite.
C’est alors que sa voisine lui parla d’un remède homéopathique qui l’avait aidée à traverser sa ménopause. La voisine expliqua qu’elle n’aurait jamais voulu se séparer du flacon dix ans plus tôt, mais comme elle était ménopausée depuis longtemps, elle donna à Isobel ce qui restait des petits comprimés. « Mon homéopathe m’a conseillé d’en prendre un par jour pendant environ treize semaines, et j’ai constaté un changement dès les deux premières semaines. J’étais simplement moi, sans les aspects négatifs, et non plus dans un état second. »
Isobel n'a pas perdu de temps pour prendre le remède. Elle avait l'habitude d'utiliser l'homéopathie pour soigner les angines et les otites de ses enfants lorsqu'ils étaient petits, mais elle ne se doutait pas que l'homéopathie pouvait traiter des maux aussi redoutables que la ménopause, la dépression et la colère.
Le premier à remarquer ce changement chez elle fut son mari. Il vit sa femme retrouver sa joie de vivre. Elle souriait à ses taquineries au lieu de les ignorer. Il constata son intérêt renouvelé pour la préparation du dîner et, cerise sur le gâteau, son énergie retrouvée après une bonne nuit de sommeil. Isobel raconta tout cela à sa nièce, qui l'écoutait avec avidité.
LE REMÈDE
Le remède que la voisine d'Isobel lui a donné était Ammonium carbonicum. Caractéristique de l'homéopathie, ce remède ne convient ni à un homme, ni à un enfant, ni à une jeune femme en cas de tels troubles. Il est cependant souvent indiqué pendant la ménopause. C'est un remède spécifique, conçu spécialement pour les femmes ménopausées, non pas par un laboratoire pharmaceutique grâce à un brevet, mais de par la nature et les propriétés de la substance originelle.
Ammonium carbonicum est également indiqué pour la fatigue chronique, la léthargie mentale et l'aggravation des symptômes pendant et après les règles. Le Dr Margaret Tyler, dans son ouvrage « Homeopathic Drug Pictures », mentionne d'autres indications : « Il soulage les évanouissements et autres symptômes neurologiques ou cardiaques, notamment les palpitations qui surviennent à la ménopause. » Le Dr James Kent, auteur de « Lectures on Homeopathic Materia Medica » , rapporte : « Le sang menstruel est noirâtre, souvent coagulé, les leucorrhées sont âcres et accompagnées de violentes déchirures abdominales et vaginales. La patiente ressent une douleur profonde et lancinante dans tout le bassin ; par moments, elle a l'impression que ses organes internes sont à vif. »
Isobel n'avait jamais remarqué ces symptômes particuliers, mais sa voisine lui confia que certaines de ces douleurs l'avaient incitée à choisir ce remède. Au lieu de cela, Isobel souffrit de ce qui s'apparentait à l'hystérie, comme le décrit le Dr Kent : « Ce remède traite l'hystérie. Si elle est légère, cette affection chez la femme n'est pas hystérique ; elle relève de la sensibilité féminine. Mais si elle s'aggrave, elle devient hystérique. »
Ce sont là des observations cliniques que les homéopathes ont recueillies au fil des siècles. Cependant, l'homéopathie offre également un éclairage plus approfondi grâce à ses données issues d'essais en double aveugle, appelés expérimentations. Des extraits de ces expérimentations médicales d' Ammonium carbonicum se trouvent dans les ouvrages du Dr C. Hering intitulés « The Guiding Symptoms of Our Materia Medica » ainsi que dans l'ouvrage du Dr Timothy F. Allen, « The Encyclopedia of Pure Materia Medica ».
Dans le cas d'Isobel, sa nature passionnée a été étouffée par l'antidépresseur. Ce dernier menaçait de détruire sa personnalité, voire son essence même. En effet, si l'homéopathie n'avait pas été disponible pour remédier à cette situation, il aurait sans doute été préférable de supporter ses crises pendant des mois, voire des années, afin de la préserver des ravages des traitements chimiques. Chez une autre personne, moins sujette à des émotions aussi intenses, l'utilisation de ce même médicament aurait pu apaiser sa colère pour ensuite engendrer une dépression. Voulons-nous vraiment manipuler chimiquement les mécanismes de l'être humain ? Certainement pas.
À l'instar des édifices majestueux et dignes, nos corps et nos esprits, en mûrissant, recèlent de précieux secrets. Nous pouvons assumer la responsabilité de les maîtriser, ou bien nous soumettre à une contrefaçon synthétique et brevetée, fruit d'une industrie débridée. Les faux-semblants que nous offrent le spandex et les soutiens-gorge à armatures sont au moins une manière inoffensive de soutenir notre silhouette avec l'âge. Mais les médicaments chimiques sont bien plus sinistres que ces prothèses surdimensionnées. Ils finissent par se révéler être de dangereuses contrefaçons. Arrivés à cet âge, c'est l'authenticité que nous recherchons le plus. Nul ne s'offusque d'une patine qui en dit long, pourvu que l'âme qui l'anime soit intacte.
Diana Vreeland, devenue rédactrice en chef de Harper's Bazaar à l'âge de soixante ans, a dit un jour : « Il n'y a qu'une seule vie vraiment réussie, c'est celle que vous savez vouloir et que vous construisez vous-même. »
L'entrée en ménopause est un parcours de transformation que l'homéopathie peut accompagner et soutenir avec bienveillance. Ensemble, ils offrent aux femmes un regain d'autonomie et contribuent à l'équilibre hormonal. Ce matin, Isobel s'est verni les ongles des orteils en rouge. « J'aime les regarder dépasser de mes chaussures », a-t-elle dit. « Cela me rappelle combien la vie peut être vibrante. »
Cet article a paru dans Wise Traditions in Food, Farming and the Healing Arts, le magazine trimestriel de la Fondation Weston A. Price, été 2013.